(BFM Bourse) - L'indice vedette parisien clôture cette première journée de la semaine en baisse, pressurisé par l'évolution des cours pétroliers, dont la hausse s'est cependant calmée en fin de journée.
Après avoir perdu près de 7% la semaine passée, la Bourse de Paris a poursuivi sa glissade, toujours dépendante de l'évolution des prix des hydrocarbures et du conflit au Moyen-Orient.
Au plus fort de la journée, son indice vedette, le CAC 40 a perdu jusqu'à 2,80%, retombant sous les 7.800 points, à 7.768,11 points peu avant 10h. À la clôture de ce lundi 9 mars, il a contenu son repli à 0,98%, finissant sa course à 7.915,36 points.
L'aversion au risque reste très palpable avec l'évolution des cours du gaz et du pétrole. Le contrat de mai sur le Brent de mer du Nord gagne encore 7,6% à 99,74 dollars, avoir frôlé plus tôt les 120 dollars le baril. Celui de même échéance sur le WTI coté à New York progresse encore de 4,5% à 95,02 dollars le baril.
Du côté du gaz, le dutch TTF de Rotterdam, référence européenne, s'adjuge encore 5,8%.
L'emploi des réserves stratégiques à l'étude
Toutefois, l'envolée des hydrocarbures étaient bien plus forte dans la nuit. Le WTI a flambé jusqu'à 29% au plus fort de sa progression.
Le bond des cours du pétrole a perdu en vigueur après que les ministres des Finances du G7 ont convenu vouloir prendre des mesures "pour stabiliser les marchés". Pour l'heure, il n'est pas encore question de piocher dans les réserves de pétrole.
“Nous sommes prêts à prendre les mesures nécessaires, y compris à puiser dans les réserves stratégiques pour stabiliser le marché, a assuré, à l'issue de ce G7, Roland Lescure, ministre français de l’Économie et des Finances, même si “on n'en est pas encore là”.
La hausse des cours avait précédemment été propulsée par l'enveniment de la situation au Moyen-Orient où les frappes se poursuivent. Attaqués par Israël et les États-Unis, l'Iran continue d'attaquer les infrastructures d'hydrocarbures de ses voisins. Face à ces bombardements, plusieurs pays producteurs de gaz et de pétrole de la région sont contraints d'abaisser leur production.
"On assiste à une réduction de 70% de la production dans les trois principaux champs pétrolifères d'Irak, et la forte baisse de la production au Koweït pourrait être suivie de mesures similaires aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite", alerte Derren Nathan, analyste chez Hargreaves Lansdown, cité par l'Agence France Presse.
Risques de stagflation
"Les tensions sont également attisées par la désignation de Mojtaba Khamenei comme successeur de l’ayatollah Ali Khamenei, une décision qui risque d'irriter Donald Trump, ce dernier ayant auparavant exprimé sa volonté de peser dans le processus de désignation du futur dirigeant iranien", développe pour sa part Matéis Mouflet, analyste chez XTB France.
"Le climat d’incertitude est aussi alimenté par l’évolution de la position de Donald Trump, qui semble de moins en moins opposé à une opération militaire sur le terrain, alors même qu’une large part de sa base y est fermement hostile", ajoute-t-il.
La hausse des cours du pétrole pose des risques de "stagflation", un scénario avec une envolée généralisée des prix alimentée initialement par les coûts de l'énergie qui serait couplée à une croissance anémique. Cette hypothèse entraîne actuellement des craintes sur les marchés obligataires, avec une forte progression des taux des différents titres d'État. Le rendement de l'obligation française à 10 ans évolue à 3,52% après avoir touché un pic à 3,636% ce matin.
"Depuis le début du conflit en Iran, près de 6.000 milliards de dollars de capitalisation boursière mondiale se sont évaporés. Les marchés obligataires ont été également ébranlés, poussant les acteurs du marché à revoir rapidement leurs projections de taux d'intérêt", développe Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marché pour Etoro.
Des marchés pessimistes, vraiment ?
Quelques nuances méritent toutefois d'être apportées. Dans une note rédigée ce lundi, Deutsche Bank écrit que les marchés "ne croient pas que cela va durer, les contrats à terme sur le pétrole prévoyant toujours un recul au cours des prochains mois".
"Cette hypothèse d'un conflit temporaire a empêché jusqu'à présent une chute encore plus importante des cours (de Bourse, NDLR)", souligne encore la banque allemande.
"Les marchés financiers semblent réagir comme si l’ensemble de la production pétrolière du Moyen-Orient était soudainement coupée du commerce mondial, ce qui ne correspond pas à la réalité", avance pour sa part Christopher Dembik, de Pictet AM.
L'expert de marché évoque notamment un point rassurant à savoir que "les pays producteurs de la région ont une attitude responsable".
"Ils ont rapidement limité leur production pour éviter une saturation de leurs capacités de stockage. L’objectif est de maintenir un niveau d’extraction réduit mais régulier afin de faciliter un retour à la normale plus rapide qu’en cas d’arrêt total de la production", développe-t-il.
"Selon nous, les prix spot du pétrole sont en partie déconnectés de la réalité sur le terrain, ce qui traduit une panique qui a vocation à retomber aussi vite qu’elle n’est apparue une fois que la situation militaire sera moins tendue", écrit encore Christopher Dembik.
Du côté des valeurs, seules trois valeurs du CAC 40 ont terminé dans le vert à savoir Thales (+2,6%) et STMicroelectronics (+2%) et Totalenergies (+1,3%) Arcelormittal a accusé le plus fort repli (-4,8%) suivi d'Unibail-Rodamco-Westfield (-3,5%) et Dassault Systemes (+3,4%).
Sur les changes, l'euro cède 0,6% face au dollar à 1,1597 dollar. Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, le dollar s'est renforcé face aux autres devises retrouvant son statut de valeur refuge. "La hausse des prix de l'énergie" constitue "un vent favorable pour le dollar", remarque Barclays.
